Voix et chant diphonique

Intervenant:

  • Patrick Chêne, ostéopathe animalier et DO

L’ostéopathie, chacun le sait maintenant, est l’art de soigner avec les mains en incluant des concepts comme le mouvement respiratoire primaire, qui englobe des techniques qui ne sont pas que structurelles, surtout dans le cadre de ma pratique où je préfère de loin privilégier un nouvel équilibre pour le corps à la suppression immédiate de la douleur, l’effet à long terme me paraissant bien meilleur.

Les techniques fonctionnelles, crâniennes, viscérales en tenant compte de la tenségrité [2] sont celles que j’utilise de préférence, donc tout en douceur.

A ces techniques, classiques en ostéopathie, je joins la musique. Non pas le CD en bruit de fond pour vous détendre, mais du chant diphonique que je pratique et dont les caractéristiques physiques mettent en résonance les tissus de votre corps.

Je choisis donc la hauteur du son en fonction de ce que je ressens dans les doigts et de la réaction de vos muscles, fascias et tendons.

Cette résonance permet une résolution plus rapide, plus fluide et plus profonde des tensions localisées que l’ostéopathie appliquée seule.

N’en soyez donc pas surpris !!

Utiliser le son pour soigner …

Quelle drôle d’idée !!!

Même si « Au début était le verbe … » phrase énigmatique s’il en est mais qui voudrait nous dire que le son est primordial, il reste difficile pour un soignant formé académiquement de raccrocher cette phrase au soin du corps et de l’âme. Aussi, quelle drôle d’idée quand on est vétérinaire devenu Ostéopathe D.O. d’utiliser le son, ce ne sont pas des choses qui se font … et pourtant, confronté régulièrement avec des techniques de sons qui soignent, un jour, rencontrant le chant diphonique, j’ai cru savoir ce que je pouvais en faire et je me suis lancé, difficilement au départ, pour être honnête

Photo 1 : répartition du son émis en ses différentes fréquences, par un logiciel spécialisé, (sygyt.com), overtone analyser), plus aigu de bas en haut et plus intense du bleu au rouge. On distingue bien le bourdon de base, rouge intense, ses harmoniques, les lignes parallèles au dessus, et la mélodie du deuxième son sous forme de vagues rouges. Ici le troisième son tout en haut, est très peu constitué.

Ce chant émis depuis le ventre, trituré dans la caisse de résonance qu’est la bouche a la particularité d’émettre plusieurs sons individualisés en général deux mais aussi trois ou quatre. Le premier appelé bourdon est constant et de ce que j’en ressens au toucher, il met les cellules en vibration.

Il devient alors assez simple de trouver la fréquence qui fait résonner la zone tendue que l’on désire travailler ce qui amplifie et accélère la capacité de traitement en ostéopathie fonctionnelle. Cela se passe comme si tout à coup on utilisait une loupe tactile et sentait des menus détails jusque là inaccessibles qu’il devient alors facile de défaire surtout qu’avec la vibration certaines tensions se défont toutes seules très vite.

Le deuxième son, plus aigu, qui s’appuie sur les harmoniques du bourdon constitue une petite mélodie haut perché et particulière. Dans ce que je comprends, elle ne fait pas vibrer les cellules, mais elle parle plutôt à ce qu’on appellerait la composante énergétique du corps ou le champ de conscience dont nous parle Bernard Dubreuil (massothérapeute à Montréal et aussi soigneur en diphonie).

La caisse de résonance buccale est donc utilisée pour faire varier le son avec les lèvres, la langue, le voile du palais, les cavités nasales pour obtenir la vibration maximum du corps que l’on désire soigner. Rythmer le son depuis son émission est aussi quelque chose d’important.

Dans ma façon de faire, pas de recette de fréquence donnée pour telle organe, telle région du corps, tel chakra, la main qui perçoit la vibration permet de changer fréquence, type de chant, rythme jusqu’à obtenir l’effet désiré.

Même, si on constate en général que plus on est bas dans le corps et plus la résonance est grave et plus on est haut et plus elle est aigue, que plus le tissu (os) est dense et plus la résonance est grave et plus le tissu est aérien ou liquidien (poumon, cerveau) et plus c’est aigu … c’est une règle qui n’a rien de systématique, il peut y avoir par exemple dans un os des « kystes » aigus sans que l’on puisse toujours savoir à quoi cela correspond, et dans le crâne besoin d’un son hyper grave et très rythmé.

L’avantage d’allier le son, ici le son diphonique à l’ostéopathie est donc d’amplifier les tensions qui se travaillent mieux, c’est de la physique vibratoire pure, mais l’effet immédiat est d’accélérer la consultation qui ne doit pas durer plus d’un quart d’heure tellement le remue ménage sonore est fortement ressenti pas beaucoup de patients.

De mon point de vue, indépendamment de ce qu’on appelle la tenségrité au niveau cellulaire, qui explique comment une cellule réagit à la pression (ici sonore) il existe une raison nerveuse à cette efficacité. Dans le corps, il y a deux systèmes nerveux, le système nerveux volontaire et le système nerveux autonome qui régule les fonctions corporelles automatiques (battement de cœur, digestion, tonus musculaire).

Ce dernier se divise en orthosympathique (schématiquement accélérateur et mobilisateur des réserves) et parasympathique (schématiquement ralentisseur et récupération des réserves). Or le muscle n’est innervé que par l’orthosympathique, l’accélérateur … il faut pourtant bien le détendre …. et c’est le rôle des vibrations : le ronronnement du chat, le rire de l’homme, l’infrason émis par les tables dentaires des ruminants qui mâchent, etc … et dans ce système le chant diphonique et ses résonances s’insère parfaitement …

Il n’est pas rare que les patients humains descendent de la table hyper-détendus en se sentant vibrer ou avec un léger vertige. Quant aux patients animaux ils adorent ce chant, les chevaux se calment à l’écouter, les chiens viennent renifler le filet d’air qui sort de la bouche, les vaches d’un troupeau viennent voir ce qui se passe même en pleine montagne.

C’est grâce à eux que j’ai osé chanter en consultation, m’entraînant au chant accroupi contre un arbre en pleine nature en me demandant de manière lancinante quand est ce que j’allais oser le faire en public, je fermai les yeux, entendis des pas qui se rapprochaient et quand j’ai rouvert les yeux, j’avais en face, à un mètre de moi, un grand cerf mâle et toute sa ramure imposante qui me regardait droit dans les yeux … grand silence, très grande émotion … et quand après un temps long, infini, il s’en est allé au pas, j’ai compris que je tenais là un outil que je ne pouvais pas hésiter à utiliser !!!

Le rapport de ce soin chanté avec d’autres techniques sonores .. je ne peux dire pour n’avoir pas tout tester, mais utilisant la main, toute technique utilisant un instrument (bol chantant etc …) m’empêcherait d’avoir le retour de ce qui se passe. Un chant de nature différente pourrait aussi fonctionner bien sûr, mais quelque soit le son ce qui me paraît important :
1- c’est d’avoir un moyen personnel d’évaluer l’efficacité du son émis, pour moi la main, mais j’ai rencontré des gens qui comme des chauves souris recevaient le son en retour et à la différence savaient ce qui s’est passé, ce peut être visuel, en communication non verbale, etc ….
2- c’est d’avoir une palette de sons, de timbres, de fréquence la plus riche possible.
Dernier point, ce chant est avant d’être un outil de soin, est un outil de détente et de méditation, personne ne vous empêche de l’apprendre pour votre usage personnel, aussi étranger soit-il à nos oreilles occidentales il suffit de deux jours pour faire ses premiers pas.

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Cedric

ostéopathe animalier